Le deuxième joyau du dragon jaune

Samaël Aun Weor

Il est clair que nous devons devenir de plus en plus indépendants du mental. Le mental est sans aucun doute un cachot, une cellule où nous sommes tous prisonniers. Nous avons besoin de nous évader de cette prison si nous voulons réellement savoir ce qu’est la liberté, cette liberté qui n’appartient pas au temps, cette liberté qui n’appartient pas au mental.

Avant tout, nous devons considérer le mental comme quelque chose qui n’appartient pas à l’Être. Les gens sont malheureusement très identifiés au mental : ils disent « Je pense » (ils sentent qu’ils sont le mental).

Il y a des écoles qui se dédient à fortifier le mental. Ils donnent des cours par correspondance, ils enseignent le développement de la force mentale, etc. Tout ceci est absurde ; il n’est pas indiqué de renforcer les barreaux de la prison où nous sommes. Ce dont nous avons besoin, c’est de détruire ces barreaux pour connaître la vraie liberté qui, comme je vous l’ai dit, n’appartient pas au temps. Tant que nous serons dans la prison de l’intellect, nous serons incapables d’expérimenter la vraie liberté. Le mental, en lui-même, est une prison très douloureuse.

Jusqu’à présent, personne n’a été heureux avec le mental. Avez-vous déjà connu une première personne heureuse avec le mental ? Le mental rend tous les individus malheureux, tristes. Les moments les plus beaux que nous avons tous connus dans notre vie ont toujours été en l’absence du mental. Cela n’a duré qu’un instant, oui, mais on ne pourra jamais l’oublier ; durant cette seconde, nous avons connu ce qu’est la félicité, mais cela n’a duré qu’une seconde. Le mental ne sait pas ce qu’est la félicité, il est une prison. Il faut donc apprendre à dominer le mental, pas celui d’autrui mais le nôtre ; il faut le dominer si nous voulons nous en rendre indépendants.

Il est nécessaire, indispensable, d’apprendre à voir le mental comme quelque chose que nous devons dominer, comme quelque chose, disons, que nous devons apprivoiser. Rappelons-nous le Divin Maître Jésus entrant dans la Jérusalem Céleste, monté sur son âne, le dimanche des Rameaux. Cet âne est le mental qu’il faut soumettre, nous devons le monter, et non pas qu’il monte sur nous. Malheureusement, les gens sont des victimes. L’âne monte sur les gens et les pauvres gens ne savent pas monter sur l’âne. C’est un âne, disons, très maladroit et il faut le dominer si nous voulons vraiment le monter.

Pendant la méditation, nous devons parler avec le mental. Si un doute s’interpose, nous devons en faire la dissection. Quand un doute a été suffisamment étudié, quand sa dissection a été faite, il ne laisse aucune trace dans notre mémoire ; il disparaît. Mais quand un doute persiste, quand nous voulons seulement le combattre sans cesse, alors se forme un conflit. Tout doute est un obstacle pour la méditation. Mais ce n’est pas en repoussant les doutes que nous allons les éliminer, c’est en en faisant la dissection pour voir ce qu’ils cachent de réel.

Un doute quelconque qui persiste dans le mental devient une entrave pour la méditation. Alors, il faut analyser, dépecer et réduire en poussière le doute, pas le combattre, non, je le répète, mais l’ouvrir avec le scalpel de l’auto-critique, le disséquer de façon rigoureuse, implacable.

C’est ainsi seulement que nous parviendrons à découvrir ce qui était important dans le doute et ce qui n’était pas important, ce qu’il y avait de réel dans le doute et ce qu’il y avait d’irréel. De cette manière, les doutes servent parfois à éclaircir des concepts ; quand quelqu’un élimine un doute au moyen d’une analyse rigoureuse, quand il en fait la dissection, il découvre une vérité. De cette vérité provient quelque chose de plus profond, plus de sagesse.

La sagesse s’élabore donc sur la base de l’expérimentation directe, de l’expérimentation propre, sur la base de la méditation profonde. Quelquefois, je le répète, nous devons parler au mental, car très souvent, quand nous voulons qu’il reste tranquille, quand nous voulons qu’il soit en silence, il persiste dans sa sottise, dans sa parlote inutile, dans une lutte d’antithèses. Il est donc nécessaire d’interroger le mental, de lui dire : « Bien, qu’est-ce que tu veux, mental ? Alors ? Réponds-moi, explique-moi ce que tu veux ». Si la méditation est profonde, il peut surgir en nous une représentation ; dans cette représentation, dans cette figure, dans cette image se trouve la réponse.

Nous devons donc parler avec le mental et lui faire voir la réalité des choses, lui faire voir que sa réponse est fausse, il faut lui faire voir que ses préoccupations sont inutiles et pour quel motif elles sont inutiles, et, à la fin, le mental reste tranquille, en silence. Mais si nous notons que l’illumination ne vient toujours pas, que persiste encore en nous un état chaotique, une confusion incohérente avec une lutte et une parlote incessante, nous devons alors le rappeler à l’ordre, l’interroger. « Bon, qu’est-ce que tu veux ? » Il faut lui dire : « Qu’est-ce que tu cherches encore ? Pourquoi ne me laisses-tu pas en paix ? » Il faut parler clairement et il nous faut parler au mental comme s’il était un individu étranger. Il n’est pas l’Être, il faut donc le traiter comme un individu étranger, il faut le récriminer, il faut le gronder.

Les étudiants avancés du Zen sont habitués au Judo, mais le Judo psychologique n’a pas été compris par les touristes qui vont au Japon. Voir, par exemple, les moines pratiquer le Judo, lutter les uns contre les autres, cela ressemble à un exercice purement physique, mais ce n’est pas le cas. Quand ils pratiquent le Judo, en vérité, ils ne tiennent quasiment pas compte de leur corps physique ; leur lutte est vraiment dirigée vers la domination de leur propre mental.

Le Judo qu’ils pratiquent est contre le propre mental de chacun, si bien que le Judo psychologique a pour objectif de soumettre le mental, de le traiter scientifiquement, techniquement, dans le but de le soumettre. Malheureusement, les Occidentaux qui ne voient que la coquille du Judo (sots et superficiels comme toujours), considérèrent le Judo comme une défense physique personnelle et ils oublièrent les principes Zen et Chang. Ceci fut quelque chose de réellement lamentable. Il s’est produit quelque chose de très similaire avec le Tarot. Vous savez que dans le Tarot se trouve toute la sagesse antique, toutes les Lois Cosmiques de la Nature sont contenues dans le Tarot.

Par exemple, un individu qui se prononce contre la Magie Sexuelle, se prononce contre l’Arcane 9 du Tarot ; par conséquent, il se charge d’un horrible karma. Un individu qui parle en faveur, disons, du dogme de l’évolution et qui veut rendre esclave le mental des autres avec ce dogme, viole la Loi de l’Arcane 10 du Tarot, et ainsi de suite. Le Tarot est le « patron de mesures » pour tous, comme je le dis dans mon livre intitulé « Le Mystère de la Floraison d’Or ». Je termine en disant que les auteurs sont libres d’écrire ce qu’ils veulent, très libres, mais il ne faut pas qu’ils oublient le patron de mesures qu’est le Tarot, le Livre d’Or, s’ils ne veulent pas transgresser les Lois Cosmiques et tomber sous la Loi de la Katance (le karma supérieur). Ceux qui défendent le dogme de l’évolution transgressent les Lois de l’Arcane 10 du Tarot.

Après cette petite digression, je veux vous dire que ce Tarot si sacré, si sage, est devenu un jeu de Poker, parmi les divers jeux de cartes qu’on trouve pour divertir les gens. Les gens ont oublié leurs lois, leurs principes. Les piscines sacrées des temples de l’antiquité, des temples de mystères, se sont transformées aujourd’hui en bassins pour baigneurs. La Tauromachie, science profonde, science taurine des antiques mystères de Neptune, dans l’Atlantide, s’est transformée aujourd’hui en un vulgaire cirque de taureaux.

Il n’est donc pas étonnant que le Judo Zen et le Judo Chang qui ont précisément pour objectif de soumettre le mental lors de chaque mouvement et de chaque parade aient dégénéré, aient perdu leurs principes dans le monde occidental et se soient convertis en rien de plus que quelque chose de profane, qu’on n’utilise aujourd’hui que pour la défense personnelle.

Regardons l’aspect psychologique du judo (je ne veux pas dire que je vais vous enseigner le judo physique, car je ne le pratique pas moi-même ; mais je vais vous enseigner le judo psychologique). Il est nécessaire de dominer le mental ; le mental doit obéir, il faut le récriminer fortement pour qu’il obéisse. Comment est-il possible que nous soyons dans une pratique de méditation et qu’au moment où nous cherchons la quiétude et le silence, il s’impose et qu’il ne veuille pas rester tranquille ? Il faut savoir pourquoi il ne veut pas rester tranquille, il faut l’interroger, il faut le gronder, il faut le fouetter, il faut le faire obéir. C’est un âne obstiné et maladroit qu’il faut dominer. Ceci, Krishnamurti ne l’a pas enseigné ; le Zen et le Chang ne l’ont pas enseigné non plus. Ce dont je vous parle appartient au Deuxième Joyau du Dragon Jaune, au Deuxième Joyau de la Sagesse. Dans le Premier Joyau, nous pouvons inclure le Zen, mais le Zen n’explique pas le Deuxième Joyau, bien qu’il en possède pourtant les notions préliminaires avec son Judo psychologique.

Le Deuxième Joyau implique la discipline du mental, en le dominant, en le fouettant, en le réprimandant. Le mental est un âne insupportable qu’il nous faut apprivoiser.

Ainsi, durant la méditation, nous devons compter sur beaucoup de facteurs si nous voulons arriver à la quiétude et au silence du mental. Nous avons besoin d’étudier le désordre, car c’est ainsi seulement que nous pouvons établir l’ordre. Il nous faut savoir ce qu’il y a d’attentif en nous et ce qu’il y a d’inattentif. Lorsque nous entrons en méditation, notre mental est toujours divisé en deux parties : la partie qui fait attention (la partie attentive) et la partie inattentive.

Ce n’est pas dans la partie attentive qu’il faut mettre l’attention, mais précisément dans ce qu’il y a d’inattentif en nous. Quand nous réussissons à comprendre profondément ce qu’il y a d’inattentif en nous et à étudier les méthodes pour que l’inattentif devienne attentif, nous obtenons alors la tranquillité et le silence du mental. Cependant, nous devons être judicieux dans la méditation. Nous devons nous juger nous-mêmes, pour savoir ce qu’il y a d’inattentif en nous. Nous avons besoin de nous rendre conscients de ce qu’il y a d’inattentif en nous.

Disciple. Quand nous disons que nous devons dominer le mental, qui doit le dominer ?

Maître. L’Essence ! L’Essence, la Conscience doit dominer le mental.

D. Donc, en éveillant la Conscience nous avons plus de pouvoir sur le mental ?

M. Oui, naturellement, si nous devenons conscients de ce qu’il y a d’inconscient en nous.

Il est donc urgent et indispensable de dominer le mental, de lui parler, de le gronder, de le fouetter avec le fouet de la volonté, de le faire obéir. Ceci appartient au Deuxième Joyau du Dragon Jaune. Comme je vous l’ai dit, j’étais réincarné dans la Chine antique et je m’appelais Chou Li. Je fus initié dans l’Ordre du Dragon Jaune. J’ai l’ordre de livrer les Sept Joyaux du Dragon Jaune.

Avant tout, nous ne devons pas nous identifier avec le mental si nous voulons vraiment tirer le meilleur parti du Deuxième Joyau, parce que si nous sentons que nous sommes le mental, si je dis « je raisonne, je pense », j’affirme alors quelque chose de stupide et je ne suis pas d’accord avec la Doctrine du Dragon Jaune, car l’Être n’a pas besoin de penser, l’Être n’a pas besoin de raisonner. Celui qui raisonne, c’est le mental. L’Être est l’Être, et la raison d’être de l’Être est ce même Être. Il est ce qu’il est, ce qu’il sera toujours. Il est la vie qui palpite dans chaque atome comme dans chaque soleil.

Donc ce n’est pas l’Être qui pense, ce n’est pas l’Être qui raisonne. Nous n’avons pas incarné tout l’Être, mais nous avons incarné une partie de l’Être, c’est l’Essence, la Bouddhata, ce qu’il y a d’âme en nous, l’animique, le matériel psychique. Il est donc nécessaire que cette Essence vivante s’impose au mental.

D. Maître, vous voulez donc dire que c’est le Moi, les Mois qui analysent ?

M. C’est ainsi, car les Mois ne sont que des formes du mental, des formes mentales qu’il faut désintégrer, réduire en poussière cosmique.

D. Dans ce cas, si nous désintégrons les Mois, nous cessons d’analyser et de raisonner ?

M. Il est clair que oui. Je pourrais vous donner le cas de quelqu’un qui dissout et élimine les Mois. Je pourrais vous donner le cas de quelqu’un qui, en plus de dissoudre les Mois, fabrique un corps mental. Il est évident qu’il acquiert une individualité intellectuelle. Il doit cependant se libérer de ce même corps mental, car ce même corps mental, aussi parfait qu’il soit, raisonne aussi, il pense aussi et la façon la plus élevée de penser est de ne pas penser. Tant qu’on pense, on ne se trouve pas dans la façon la plus élevée de penser. L’Être n’a pas besoin de penser, il est ce qui a toujours été et ce qui sera toujours. Donc, en synthèse, il nous faut subjuguer le mental, le fouetter et l’interroger.

Nous n’avons pas besoin de soumettre le mental d’autrui, car c’est de la magie noire. Nous n’avons besoin de dominer le mental de personne, car c’est de la sorcellerie de la pire sorte. Ce dont nous avons besoin, c’est de soumettre notre propre mental, de le dominer. Pendant la méditation, je le répète, il y a deux parties : celle qui est attentive et celle qui est inattentive. Nous avons besoin de nous rendre conscients de ce qu’il y a d’inattentif en nous et, en nous en rendant conscients, nous pouvons vérifier que l’inattention a beaucoup de facteurs.

Nous allons analyser un de ces facteurs : le doute. Il y a beaucoup de doutes, nombreux sont les doutes qui existent dans le mental humain. D’où viennent les doutes du mental ? Voyons, par exemple, l’athéisme, le matérialisme, le scepticisme. Si nous les dépeçons, nous voyons qu’il existe beaucoup de formes de scepticisme, beaucoup de formes d’athéisme, beaucoup de formes de matérialisme. Il y a des gens qui se disent athées matérialistes, mais, cependant, ils ont peur, par exemple, de la magie noire, de la sorcellerie ; ils respectent la Nature, ils savent voir Dieu dans la Nature, mais à leur manière. Quand on leur parle de sujets spirituels ou religieux, ils se déclarent athées matérialistes. Leur athéisme a une forme à peine perceptible.

Il y a une autre forme de matérialisme et d’athéisme, celui de type marxiste, léniniste, incrédule, sceptique. Au fond, ce matérialiste-athéiste cherche quelque chose. Il veut simplement disparaître, ne pas exister, se détruire complètement. Il ne veut rien savoir de la Monade Divine, il la hait. Il est évident qu’en procédant de la sorte, il se désintégrera comme il le souhaite (c’est à son goût). Il cessera d’exister, il descendra vers les mondes infernaux, vers le centre de gravité de la planète, ça lui plaît de s’autodétruire. Il mourra et l’Essence se libérera, retournera vers de nouvelles évolutions et passera par de nouvelles involutions. Elle retournera maintes fois vers différents cycles de manifestations pour retomber dans le même scepticisme et le même matérialisme. Mais, à la longue, le résultat apparaîtra. Lequel ?

Le jour où toutes les portes seront fermées, quand les trois mille cycles seront épuisés, alors cette Essence s’absorbera dans la Monade qui, à son tour, entrera dans le Sein Spirituel Universel de Vie, mais sans maîtrise. Que voulait réellement cette Essence ? Que recherchait-elle avec son athéisme, avec son matérialisme ? Quelle était son aspiration ? Son aspiration était de rejeter la maîtrise ; au fond, c’était ce qu’elle désirait, elle y parvient, elle l’obtient ; mais, à la fin, elle termine comme une étincelle divine sans maîtrise.

Ainsi donc, les formes de scepticisme sont variées. Il y a des gens qui se disent catholiques, apostoliques et romains, cependant, dans leurs exposés, ils sont crûment matérialistes et athéistes, mais ils vont à la messe le dimanche, communient et se confessent ; c’est une autre forme de scepticisme et de matérialisme.

Si nous analysons toutes les formes qu’il y a et qu’il y aura de scepticisme et de matérialisme, nous découvrirons qu’il n’y a pas un seul scepticisme, il n’y a pas un seul matérialisme. La réalité, c’est qu’il existe des millions de formes de scepticisme et de matérialisme et il y en a des millions simplement parce qu’elles sont mentales, ce sont des choses du mental ; c’est-à-dire que le scepticisme et le matérialisme appartiennent au mental et non à l’Être.

Quand quelqu’un est passé au-delà du mental, il est devenu conscient de la Vérité qui n’appartient pas au temps. Il est évident que celui qui a entendu une fois le Verbe, qui est au-delà du temps, au-delà du mental, ne peut être ni matérialiste, ni athéiste. L’athéisme procède du mental, il appartient au mental, c’est comme un éventail. Toutes les formes de matérialisme et d’athéisme ressemblent à un grand éventail (elles sont si nombreuses, si variées : c’est l’éventail du mental !) Mais ce qu’il y a de réel se trouve au-delà du mental. L’athéiste, le matérialiste est un ignorant, il n’a jamais entendu le Verbe, il n’a jamais connu la parole divine, il n’est jamais entré dans le courant du son.

C’est donc dans le mental que sont conçus l’athéisme et le matérialisme. Ce sont des formes du mental, des formes illusoires qui n’ont aucune réalité. Ce qui est vraiment réel n’appartient pas au mental, ce qui est réel est assurément au-delà du mental. Il est important de nous rendre indépendants du mental pour connaître le réel, non pour le connaître intellectuellement, mais pour l’expérimenter réellement, véritablement.

C’est donc en portant notre attention sur ce qu’il y a d’inattentif en nous que nous pouvons voir les différentes formes de scepticisme, d’incrédulité, de doute, etc. Quand surgit n’importe quelle sorte de doute, il nous faut le dépecer, le disséquer, afin de voir ce qu’il a de vrai ; et une fois que nous l’avons dépecé totalement, le doute disparaît, ne laissant aucune trace dans le mental, ne laissant pas la plus insignifiante empreinte dans la mémoire.

Lorsque nous observons donc ce qu’il y a d’inattentif en nous, nous voyons aussi la lutte des antithèses dans notre mental. C’est à ce moment-là qu’il faut dépecer ces antithèses pour voir ce qu’il y a de vrai en elles : souvenirs, émotions, désirs ou préoccupations qu’on ignore, dont on ne sait pas d’où elles viennent, pourquoi elles viennent. Lorsque nous voyons judicieusement qu’il est nécessaire d’appeler l’attention du mental (il y a un point maximum où on est fatigué, où le mental ne veut plus du tout obéir), alors il ne reste plus qu’à le réprimander, lui parler fortement, le traiter face à face, visage contre visage, comme un individu étrange et inopportun, le fouetter avec le fouet de la volonté, le réprimander avec de dures paroles jusqu’à ce qu’il obéisse. Il faut souvent parler au mental pour qu’il comprenne. S’il ne comprend pas, il faut alors le rappeler à l’ordre sévèrement.

Il est indispensable de ne pas s’identifier au mental. Ainsi, en le fouettant, en le subjuguant, en le dominant, s’il réagit violemment, alors nous le fouetterons de nouveau. C’est ainsi que nous nous sortirons du mental et que nous parviendrons à la Vérité, à ce qui n’appartient pas au temps.

Quand nous réussissons à apercevoir ce qui n’appartient pas au temps, nous pouvons expérimenter un élément qui transforme radicalement. Il existe un certain élément transformateur qui n’appartient pas au temps et qu’on ne peut expérimenter, je le répète, qu’en sortant du mental. Quand nous expérimentons cet élément transformateur, nous luttons intensément pour obtenir l’Auto-réalisation intime de l’Être. Nous avons besoin de nous rendre maintes fois indépendants du mental et d’entrer dans le courant du son, dans le monde de la musique, dans le monde où résonne la parole des Elohim, là où règne sans aucun doute la Vérité. Mais tant que nous sommes embouteillés dans le mental, que pouvons-nous savoir de la Vérité ? Ce que les autres disent ; mais nous, que savons-nous ? L’important ce n’est pas ce que les autres disent, mais ce que nous expérimentons par nous-mêmes. Notre problème est donc de savoir comment nous sortir du mental ; nous avons besoin de science et de sagesse pour nous émanciper.

Ainsi donc, mes chers frères, j’espère que dans la pratique d’aujourd’hui vous serez tous conscients de ce qu’il y a d’attentif en vous, que vous serez capables de faire la dissection de n’importe quel doute, que vous serez capables de dominer le mental, de parler face à face avec lui, de le réprimander. Notre objectif est de rechercher la quiétude et le silence du mental.

Quand nous croyons que le mental est tranquille, quand nous croyons qu’il est en silence et que, cependant, ne vient aucune sorte d’expérience divine, c’est parce que le mental n’est toujours pas tranquille, ni en silence ; dans le fond, il continue à papoter. Alors, au cours de la méditation, nous devons lui parler, le réprimander, l’interroger pour voir ce qu’il veut, qu’il réponde, qu’il explique ce qu’il veut. Il faut lui dire : « Mental, pourquoi n’es-tu pas tranquille ? Pourquoi ne me laisses-tu pas en paix ? Que veux-tu ? » Il nous donnera une réponse quelconque, nous lui répondrons avec une autre explication en essayant de le convaincre, mais, s’il ne veut pas être convaincu, il ne nous restera pas d’autre solution que de le soumettre au moyen de la récrimination et du fouet de la volonté. Comme je vous l’ai dit, ceci appartient au Deuxième Joyau du Dragon Jaune. Le Zen ne comprend que le premier Joyau. Les connaissances que je vous donne ce soir appartiennent au Deuxième Joyau. Y a-t-il des questions ?

Disciple. Maître, vous avez indiqué que l’on peut aussi méditer sur les opposés : si on a dans le mental une belle jeune fille, on doit alors la remplacer par une vieille femme ; si on voit une fleur, la remplacer par une fleur fanée. Est-ce ainsi qu’on peut les dissiper ? Est-il possible, aussi, de tranquilliser le mental non par la force mais en attendant qu’il se calme spontanément ?

Maître. Tout ce que tu viens de dire n’est rien d’autre que des « fragments d’un enseignement méconnu » ; ce qui est plus profond que ceci, c’est ce que je suis en train d’enseigner. Ainsi, par exemple, si une pensée de haine, une mauvaise pensée nous assaille, il faut alors essayer de comprendre, essayer de voir son antithèse qui est l’amour. S’il y a amour, pourquoi cette haine ? Dans quel but ? Si surgit, par exemple, le souvenir d’un acte luxurieux dans le mental, il faut faire passer par le mental le Calice Sacré et la Sainte Lance, et se dire : « Pourquoi dois-je les profaner avec mes pensées morbides ? »

Dans la synthèse, donc, se trouve la clé (il faut toujours savoir chercher la synthèse), parce que de la thèse, il faut passer à l’antithèse, mais la vérité ne se trouve ni dans la thèse ni dans l’antithèse. Dans la thèse et dans l’antithèse, il y a discussion et le résultat de la discussion est la solution. Voilà ce qu’on veut exactement : affirmation, négation, discussion, solution. Affirmation d’une mauvaise pensée, négation de celle-ci au moyen de la compréhension de son opposé, discussion : il faut discuter pour voir ce que l’une et l’autre ont de réel pour parvenir à la sagesse et que le mental reste tranquille, silencieux. C’est ainsi qu’on doit pratiquer. Tout cela est donc une partie des pratiques conscientes, de l’observation de ce qu’il y a d’inattentif. Mais si nous disons simplement : « Au souvenir d’une grande personne, nous lui opposons en face une personne petite et ça suffit », ce n’est pas correct. Ce qui est correct, c’est de dire « ce qui est grand et ce qui est petit, ce ne sont que deux aspects d’une même chose » ; l’important, ce n’est pas le grand ni le petit, mais ce qu’il y a de vrai à travers tout cela. Le grand et le petit ne sont que deux phénomènes illusoires du mental. C’est ainsi qu’on arrive donc à la synthèse, à la solution.

D. Maître, je suis attentif à vos explications, mais quelle est la partie de moi-même qui n’est pas attentive, qui ne fait pas attention, c’est ce que je ne comprends pas. J’essaye de me libérer du mental ; le fait que je capte mes pensées, les images qui me viennent et que je les analyse pour voir quels doutes elles contiennent, est-ce cela qu’on appelle l’attention ?

M. Là, il y a de l’attention, mais l’inattentif est ce qui est formé par le subconscient, par l’incohérent, par la quantité de souvenirs qui surgissent dans le mental, par les mémoires du passé qui l’assaillent sans cesse, par les déchets de la mémoire, etc.

D. Faut-il les repousser ?

M. Il ne faut ni les repousser ni les accepter, mais nous rendre conscients de ce qu’il y a d’inattentif, et ainsi l’inattentif se retrouve attentif de façon naturelle et spontanée ; l’inattentif reste attentif.

D. Maître, est-ce qu’on peut aussi faire ceci dans la vie pratique, quand nous arrive une mauvaise pensée, peut-on faire une méditation dans le courant de notre vie quotidienne ?

M. Bien sûr que oui, celui qui possède de la pratique le fait simplement. Il fait de la vie courante une méditation continue. Il médite non seulement au moment où il se trouve dans sa maison ou dans un sanctuaire ou dans un lumisial, mais aussi il peut profiter du courant de sa vie quotidienne pour convertir sa vie, en fait, en une constante méditation. C’est ainsi que vient réellement la Vérité. Y a-t-il une autre question ?

D. Pouvons-nous dire que le mental est l’Ego et que la Conscience est l’âme ?

M. Oui, le mental en soi c’est l’Ego, mais il convient de savoir qu’en détruisant l’Ego, alors demeure la substance mentale ; on peut fabriquer le corps mental, mais on aura toujours le mental. L’important, c’est de se libérer du mental, se libérer de lui, apprendre à fonctionner dans le monde de l’Esprit Pur, sans le mental. Savoir vivre dans ce courant du son qui est au-delà du mental et qui n’appartient pas au temps. Ce qu’il y a dans le mental, c’est l’ignorance. La véritable sagesse n’est pas dans le mental ; elle est au-delà du mental. Le mental est ignorant et c’est pourquoi il tombe et il tombe dans tant d’erreurs graves.

D. Maître, on souffre beaucoup avec le mental, je suis en constant combat avec lui.

M. Tous les êtres humains sont empoisonnés à cause du mental. Observez comme ceux qui font de la propagande pour le mental, ceux qui promettent des pouvoirs mentaux, qui apprennent aux autres à dominer le mental d’autrui, etc., sont bornés. Le mental n’a jamais rendu personne heureux. La véritable félicité est bien au-delà du mental. On ne peut pas réussir à connaître le bonheur tant qu’on n’est pas devenu indépendant du mental. Y a-t-il une autre question, mes frères ?

D. Quand on rêve, c’est que l’on n’est pas attentif ?

M. Les rêves sont propres à l’inconscience. Quand on éveille sa Conscience, les rêves cessent. Les rêves ne sont que des projections du mental. Je me souviens du cas qui m’est arrivé un jour dans les Mondes Supérieurs (ce fut seulement un cas de négligence). Je vis la manière dont un rêve sortit de mon mental. J’allais juste commencer à rêver et je réagis contre le rêve qui s’était échappé de moi pendant une seconde d’inattention ; bien sûr que, comme je me rendis compte du processus, je m’éloignai rapidement de cette forme pétrifiée qui s’était échappée de moi pendant une seconde d’inattention. Que se serait-il passé si j’avais été endormi ? Je serais tout simplement resté joliment embarqué dans cette forme mentale. Mais, quand on est éveillé, on sait immédiatement que, pendant un moment d’inattention, un rêve peut s’échapper et qu’on peut se trouver embarqué toute la nuit dans ce rêve jusqu’au lendemain.

D. J’ai eu un rêve, précisément, du temps où j’étais petite.

M. Non, là il n’y a pas eu de rêve. Il y a eu simplement un processus de souvenirs de votre enfance, ce n’est pas un rêve, c’est différent, c’est réel. C’est le produit des déchets de la mémoire qui s’échappe du mental et qui coïncide avec ce que vous avez vécu dans votre enfance ; c’est un processus de souvenirs Ce qui est important, pour nous, c’est donc d’éveiller la Conscience pour cesser de rêver, cesser de penser. Ce fait de penser, qui est matière cosmique, est le mental. Parce que l’astral même n’est autre que la cristallisation de la matière mentale et le monde physique est aussi du mental condensé.

Donc, le mental est de la matière très grossière, tant à l’état physique qu’à l’état appelé « astral » (manasique) comme disent les hindous. De toutes manières, le mental est grossier et matériel. L’astral n’est autre que du mental condensé, le physique est aussi du mental. Le mental est matière physique ou métaphysique, mais matière et, pour cette raison, il ne peut pas nous rendre heureux. Pour connaître l’authentique bonheur, la véritable sagesse, nous devons sortir du mental et vivre dans le monde de l’Être, ça c’est très important.

D. Maître, n’êtes-vous pas en train de nier le pouvoir créateur du mental dans le monde physique ? Naturellement que là-bas, dans les mondes ineffables, le mental est un obstacle et qu’il faut s’en libérer pour fonctionner dans les Mondes Supérieurs.

M. Nous ne nions pas le pouvoir créateur du mental. Il est clair que tout ce qui existe est du mental condensé. Mais que gagnons-nous avec ça ? Est ce que, par hasard, ceci nous aurait donné le bonheur ? Nous pouvons faire des merveilles avec le mental, nous pouvons créer beaucoup de choses dans la vie (les grandes inventions sont du mental condensé), mais ce genre de créations nous rendra t-il heureux ? Ce dont nous avons besoin, c’est de devenir indépendants, sortir de cette prison qu’est la matière, car le mental est matière. Il faut sortir de la matière et vivre comme des esprits, comme des êtres, comme des créatures heureuses au-delà de la matière. La matière est toujours grossière, même quand elle a de très belles formes, elle est toujours douloureuse. Nous, ce que nous recherchons, c’est la félicité ; mais, la félicité authentique, nous ne la trouverons pas dans la matière, mais dans l’esprit ; nous avons besoin de nous libérer du mental. La véritable félicité vient à nous quand nous nous évadons de la prison du mental, c’est certain.

Nous ne nions pas que le mental puisse être créatif. Il peut créer des inventions, des merveilles, des prodiges, mais cela nous donne-il, par hasard, du bonheur ? Lequel d’entre nous est heureux ? Si l’un d’entre vous est heureux, alors qu’il lève le doigt, voyons, je voudrais le connaître. Nous sommes ici car nous cherchons le véritable chemin qui doit nous conduire au bonheur. Si le mental ne nous a pas donné le bonheur, nous devons savoir comment nous évader du mental, et c’est l’objectif de nos pratiques et de nos études. Y a-t-il une autre question ?

D. Faire appel à l’attention de l’inconscient par le conscient, cela appartient-il aussi au Deuxième Joyau du Dragon Jaune ?

M. Cela appartient aussi au Deuxième Joyau du Dragon Jaune, c’est évident. Par exemple, il existe en nous 3 % de Conscience et 97 % de subconscient (c’est sûr) ; alors, ce que nous avons de conscient doit s’adresser à ce que nous avons d’inconscient ou de subconscient, pour le réprimander et lui faire voir qu’il doit devenir conscient ; mais il est nécessaire que la partie consciente gronde la partie subconsciente, pour que le subconscient devienne conscient. En ce qui concerne la partie consciente qui s’adresse à la partie subconsciente, c’est un exercice très important qu’on peut pratiquer à l’aurore, ainsi les parties inconscientes vont peu à peu devenir conscientes.

D. Maître, c’est quelque chose de similaire à David contre Goliath, les 3 % contre les 97 % ?

M. C’est-à-dire que les parties subconscientes ne vont pas devenir conscientes immédiatement, c’est tout un processus, un long processus, mais, à la fin, on y arrive. Y a-t-il une autre question, mes frères ? Comme il n’y a plus de questions, nous allons entrer en méditation.