S’agit-il bien de pierres ?

QIl y a longtemps, dans le petit village où nous vivions, la maison que nous habitions était la scène de bien des phénomènes rares, tels que celui-ci :

À cet endroit, on distribuait des vivres de toutes sortes, c’était un genre de magasin du village où on vendait un peu de tout, et on y prêtait des vivres aux gens très pauvres qui ne pouvaient pas payer à mesure ce qu’ils consommaient. On leur accordait du crédit, qu’ils devaient normalement rembourser chaque semaine, mais vu que la majorité des hommes prenaient beaucoup d’alcool, ils buvaient l’argent qu’ils gagnaient, ce qui causait un véritable drame dans leurs familles, qui dans bien des cas devaient plusieurs semaines de paie. L’un de ces débiteurs, qui refusait catégoriquement de payer, avait la réputation de pratiquer de la sorcellerie ; il s’en vantait parfois, et avertissait ses créanciers qu’ils allaient le regretter s’ils continuaient de le harceler.

Une nuit, il se plaça à quelque cent mètres du magasin, et de notre maison, qui était juste à côté, on entendit soudain des coups de pierre contre les murs et les toits, comme si une grande foule projetait vigoureusement d’énormes pierres, à un point tel que la maison semblait sur le point de s’écrouler.

Un des membres de la famille osa se pencher à la fenêtre pour regarder : il vit seulement le sorcier en question, le regard fixé sur la maison. De ses yeux semblait jaillir du feu, et il gesticulait et souriait ironiquement en prononçant des paroles inintelligibles.

Après un moment, il parait que les pierres s’accumulaient tellement qu’il allait bientôt être impossible de sortir de la maison.

Lorsque l’individu se retira, les bruits cessèrent et tout retomba dans le calme et la tranquillité.

Quelque temps après, nous sortîmes pour voir ce qui s’était passé, et nous constatâmes qu’il n’y avait même pas un grain de sable. Cela effraya les gens du village, et ils se mirent à avoir peur de cet homme.

Pourriez-vous nous expliquer, Maître, ce qui se passa réellement ?

R. Je vous répondrai avec plaisir. Il est évident qu’il s’agit d’un magicien noir, d’un individu aux pouvoirs dangereux. Il prononçait des mots magiques grâce auxquels il commandait à certains ténébreux.

Il est clair que ce phénomène de pierres terrorise les gens. Les fantômes inconnus peuvent certainement lancer des pierres comme celles-ci. Ces pierres en elles-mêmes voyagent par la quatrième dimension et peuvent même se rendre visibles momentanément, pour ensuite disparaître et retourner à leur point de départ.

N’oubliez pas que dans la quatrième dimension, tout revient à son point de départ. Ainsi, si un fantôme lance une pierre dans le but de la rendre visible dans le monde physique, celle-ci retournera ensuite à l’endroit d’où elle provient.

Il me vient à l’esprit le cas d’un homme, dont je ne mentionnerai pas le nom ; il était lui aussi sorcier, cela est évident. Il traînait toujours dans sa poche une pièce de cinquante sous, et avec cette même pièce, il pouvait passer toute une nuit à boire de taverne en taverne !

Les gens qui ont passé par là racontent que cet homme entrait dans n’importe quelle taverne et demandait de la bière, du pain, et tout ce qu’il désirait. Il payait ensuite avec la pièce de monnaie en question ; ce qui est curieux, c’est qu’au moment précis de sortir de l’établissement, il appelait sa pièce en prononçant un nom féminin X, X (dont je ne me rappelle pas présentement), et la pièce retournait de nouveau dans sa poche.

Cet homme était un mage noir qui n’avait besoin que d’une pièce de monnaie pour vivre.

Il n’y a pas de doute qu’il possédait de terribles pouvoirs psychiques et qu’il pouvait commander certains démons qui lui obéissaient.

QDans le village où nous vivions, il y avait un petit vieillard qui me contait tous les événements étranges qui s’étaient passés dans les alentours.

Une fois, il me raconta le cas d’un paysan qui était entré en dispute contre un des gardes-pêche de l’endroit. Cette dispute tourna en bataille à coups de machette ; le garde-pêche en mourut, et le paysan le cacha parmi les roseaux de la rivière.

Peu de temps après, les voisins vinrent à savoir que tous les jours, le paysan, selon ce qu’il disait dans la nuit, était emporté par le mort. Certains arrivèrent à l’entendre dialoguer avec le défunt : il implorait sa pitié et son pardon pour le meurtre commis. Les voisins décidèrent de l’interroger sur ce crime : il confessa qu’il s’agissait du garde-pêche disparu et leur indiqua qu’ils le trouveraient, entre les roseaux de cet endroit. En effet, ils le trouvèrent quelque temps plus tard, en état de putréfaction. Par la suite, le paysan demanda à ce qu’on dise des messes, et le mort cessa pour de bon de le tourmenter.

Est-il possible que l’histoire se soit déroulée de cette façon, Maître ?

R. Ce récit est extraordinaire, mon bon ami. Je crois fermement que l’ex-personnalité du mort a pu se rendre visible et tangible à certains endroits avant sa dissolution finale.

Je me permets de répéter maintenant que ce n’est pas l’âme ni l’esprit des défunts qui se rend visible ou se manifeste de quelque manière dans le monde physique, mais plutôt leur ex-personnalité ; celle-ci, étant de nature quasi-physique, peut se manifester dans ce monde à trois dimensions, spécialement dans les premiers jours suivant le décès. C’est ainsi que nous devons comprendre ce récit. Il est clair que les prières et les rituels ont pu éloigner le fantôme vengeur.

Il n’y a pas de doute que le sang a un pouvoir magnétique très spécial.

Goethe a dit avec raison : « C’est un fluide très particulier. »

Frédéric Nietzsche, l’auteur d’Ainsi parlait Zarathoustra, a dit : « Écris avec du sang, et tu apprendras que le sang est esprit. »

Il existe un lien entre l’assassin et sa victime, à cause du sang. Par l’effusion de ce fluide vital, grâce à cet agent, la victime peut se rendre visible, et même tangible, à son assassin.

Dans le monde oriental, il existe certaines sectes de magie noire où l’on invoque les défunts. Les fanatiques dansent de façon de plus en plus frénétique, en se blessant mutuellement avec des poignards ; il est évident qu’on y verse du sang, et que par le biais de cet agent fluidique, les démons invoqués se matérialisent de façon bien visible et tangible dans le monde physique.

Il est clair que de tels sorciers danseurs sont des candidats assurés pour l’abîme et la deuxième mort.

J’ai connu des cas tout à fait extraordinaires de matérialisation. Il y a quelques années, lorsque le Maître Gargha Kuichines (Julio Medina) était en terre mexicaine, nous fûmes témoins d’un cas vraiment insolite. Nous marchions tous deux sur l’avenue du Cinq Mai, lorsqu’au coin d’une rue nous vîmes un ami diplômé, dont je ne mentionnerai pas le nom, qui se vouait à la pratique du hatha-yoga.

Nous nous approchâmes de lui, et personnellement je le saluai très poliment en lui serrant la main, puisque nous étions amis. Nous parlâmes tous trois sur ce coin ; les gens, pour ne pas se heurter contre le diplômé, faisaient un petit détour. Nous nous quittâmes ; le diplômé continua sur l’avenue en question, en direction de l’Allée Centrale. Chose étrange, il portait un chapeau blanc à ruban noir, ce qui ne manqua pas d’attirer notre attention, étant donné qu’il n’avait jamais porté de chapeau de sa vie.

J’expliquai à Julio Medina que je ne lui avais pas présenté mon ami parce que cet homme se vouait au hatha-yoga et que je considérais qu’il ne pourrait y avoir aucune affinité entre eux.

Je lui expliquai que ce diplômé occupait une position de juge, et qu’il avait déjà étudié la Gnose avec nous.

Puis nous continuâmes notre chemin.

Quelques jours plus tard, je me trouvai avec mon ami Salas Linares dans le village de Santiago de Tepalcatlalpan, et je lui contai ce qui était arrivé.

Grande fut ma surprise quand mon ami me fit savoir que le diplômé en question, que j’avais rencontré sur l’avenue du Cinq Mai, était mort depuis déjà plusieurs jours.

Je l’incitai par la suite à m’expliquer ce fait. « Tu as rencontré un mort, me dit Alexandre. Tu as parlé avec un défunt. » Au moment où cela se produisit, le jour de cette rencontre, cet homme avait été tué dans un accident automobile à l’extérieur de la ville de Mexico, dans le Nord du pays.

Comme vous le voyez, il s’agit ici d’une autre matérialisation, et je crois que c’est l’ex-personnalité de ce défunt qui réellement s’est rendue visible et tangible en plein cœur de la journée, devant tout le monde et à la lumière du soleil.

QNe pouviez-vous pas, Maître, distinguer en lui donnant la main si cette personne était vivante ou morte ?

R. Je tiens à vous dire que l’ex-personnalité d’un mort ressemble tellement à la personne physique qui vivait qu’on ne remarque franchement aucune différence entre les vivants et les morts. Tout ce que j’ai effectivement senti d’un peu étrange était la froideur de cette main, un froid de tombeau, c’est clair, un froid de cadavre. Aussi, l’homme parlait d’un ton un peu mortuaire, et je pressentais quelque chose à propos de la mort, je le sentais comme mort, et je ne me trompais pas.

Quand je souligne l’idée que c’est l’ex-personnalité des défunts qui se rend visible et tangible, je n’exclus pas la possibilité que les désincarnés eux-mêmes puissent aussi en certaines occasions se matérialiser dans ce monde à trois dimensions, en l’absence totale de l’ex-personnalité funéraire.

QUne certaine dame de mes amies me conta un jour que lorsque son père mourut, sa sœur se trouvait dans la ville de Los Angeles, en Californie, et qu’elle revint auprès de son père trop tard pour le voir : il était déjà enterré.

À partir de ce jour, sa sœur se coucha toutes les nuits dans la chambre de son père, lui demandant qu’il se matérialise afin qu’elle puisse le voir.

Une nuit, elle était couchée et elle vit une main se poser sur un des meubles de la chambre. Elle poussa un cri de frayeur tandis qu’une voix lui disait : « N’aie pas peur, Marie, c’est moi, ton père, qui voulais voir si tu pourrais supporter de me voir en entier ; mais comme je vois que ce n’est pas le cas, je m’en vais, et je te prie de cesser de m’appeler, et de me laisser en paix. »

Maître, pourriez-vous m’expliquer si c’est l’âme ou l’ex-personnalité du défunt qui s’est rendue visible et tangible ?

R. La question de cette dame me parait certainement très intéressante. Je tiens à vous dire, mes amis, que l’ex-personnalité des défunts vit normalement dans le tombeau. Toutefois, il arrive qu’elle s’échappe de la fosse pour se rendre visible quelque part, ou simplement pour visiter quelqu’un.

Il est indubitable que dans le cas de votre récit, ce n’est pas à proprement parler l’ex-personnalité du défunt qui s’est rendue en partie visible et tangible, mais plutôt le fantôme du défunt, son âme. C’est ce qu’indiquent le discernement dont il fait preuve, ses paroles, sa prudence, etc.